BENIN_COUPS_D_ETAT_cyber

BENIN: Radioscopie des coups d'Etat de 1963 à 1972

 

A l'issue de Conférence des forces vives de la nation de février 1990, les chefs militaires avaient solennellement fait, au nom de l'Armée, le serment de ne plus interférer dans la gestion politique du pays. Au cours de la période 1963-1972, le Dahomey est marqué par cinq coups d'Etat militaires, six régimes et plus de dix Présidents de la République.

 

28 Octobre 1963: 1er coup d'Etat 

Pour des raisons évidentes, la jeune République du Dahomey était, trois ans seulement après son indépendance, au bord de l'éclatement. A cause des rivalités des trois leaders traditionnels Hubert Koutoukou Maga, Sourou Migan Apithy et Justin Tomètin Ahomadégbé, la gestion des affaires de l'Etat devenait partisane, régionaliste et clanique. Les clivages régionalistes avaient failli conduire à la scission du pays. Plus qu'une simple velléité, la création de la République de l'"ATABOR " était en passe de se réaliser.

Des grèves des travailleurs et des manifestations populaires sur lesquelles s'est greffée une affaire de mœurs dite " affaire Boyiki ", vont constituer pour l'armée, l'alibi d'entrer en scène ce 28 octobre 1963. En sa qualité de Chef d'Etat Major Générale des armées, le Colonel Christophe Soglo (2ème Président de la République) renverse le Président Hubert Maga et s'installe au pouvoir.

A la tête du gouvernement provisoire qui fut installé, le Colonel Christophe Soglo, avec la participation effective des trois leaders historiques, fera adopter le 5 janvier 1964 par voix référendaire une nouvelle Constitution. Le 19, Sourou Migan Apithy (3ème président de la République) accède à la Magistrature suprême avec comme Premier ministre et Vice-président Justin Tomètin Ahomadégbé. Et l'armée se retire.

Mais très vite, des dissensions apparaîtront entre les deux premières personnalités. Empêtrés dans des conflits d'attributions sur fond d'excès de pouvoir et de croc-en-jambe, Apithy et Ahomadégbé vont montrer au grand jour leur incapacité à taire leurs vieilles querelles et cohabiter pacifiquement dans l'intérêt supérieur de la Nation.

Du 19 janvier 1964 au 29 novembre 1965, l'écheveau est si difficile à démêler que le Président de l'Assemblée nationale, M. Tahirou Congacou, après avoir reçu la démission des deux protagonistes, devient le 4ème Président du Dahomey indépendant. Conformément aux dispositions de la Constitution de la 2ème République, il avait 50 jours pour organiser une nouvelle élection présidentielle.

 

22 décembre 1965 : 2ème entrée en scène de l'armée

Coup de théâtre : alors que le Président Tahirou Congacou exerçait le pouvoir d'Etat et s'affairait à organiser l'élection présidentielle, il est déposé.  Christophe Soglo, encore lui, promu entre temps Général,  organise à nouveau un coup d'Etat et reprend le pouvoir, devenant par la même occasion le 5ème Président de la République.

 

17 décembre 1967 : 3ème prise de pouvoir par les militaires

Ce 17 décembre 1967, c'est le tour des jeunes cadres de l'armée. Le Commandant Maurice Iropa Kouandété, à la tête d'un groupe de jeunes officiers, organise un coup d'Etat. Mais les putschistes confieront la formation du nouveau gouvernement au Lieutenant-colonel Alphonse Alley qui devient le 6ème Président de la République.

Moins d'un an après, soit le 26 juin 1968, les putschistes du 17 décembre 1967 remettront le pouvoir au Dr Emile Derlin Zinsou (7ème président) et retournent dans les casernes. Pour légitimer son pouvoir, celui-ci fait organiser un référendum au terme duquel il est plébiscité avec 72,42% des voix.  Mais 18 mois plus tard, les militaires le renverseront. 

 

10 décembre 1969 : 4ème coup d'Etat militaire 

Maurice Iropa Kouandété promu entre temps au grade de Lieutenant-colonel organise un autre coup d'Etat et dépose le président Emile Derlin Zinsou. Le 13 décembre de la même année, soit trois jours après le renversement du Président Zinsou, le Dr Paul Emile de Souza (8ème président de la République) devient chef d'Etat et prend la tête du Directoire.

Mais bientôt, c'est-à-dire le 7 mai 1970, le Directoire cède la place et le triumvirat fait son apparition avec la formation du Conseil présidentiel. Composé d'Hubert Koutoukou Maga, Justin Tomètin Ahomadégbé et Sourou Migan Apithy, le triumvirat que ses détracteurs qualifièrent de "monstre à trois têtes" est basé sur le principe d'une présidence rotative à la tête de l'Etat pour une période de deux ans pour chacune des trois personnalités. C'est Huber Maga (9ème président de la République) qui eut le premier tour.

 

26 octobre 1972 : 5ème coup d'Etat militaire

Selon le principe de la présidence rotative qui sous-tendait le triumvirat, Justin Tomètin Ahomadégbé (10ème président de la République) accède au pouvoir le 7 mai 1972.  5 mois plus tard, soit le 26 octobre 1972, un groupe de jeunes militaires mettra un terme non seulement à son mandat, mais également à l'expérience du Conseil présidentiel. Le Commandant de Brigade Mathieu Kérékou (11ème président de la République) prend les rênes du pouvoir. Le Gouvernement militaire révolutionnaire (GMR) est né.

Même s'il y a eu par la suite des tentatives de coup d'Etat au cours des dix-sept années (1972-1989) de règne du Président Mathieu Kérékou, elles ont toutes échoué.

Janvier Koffi SOSSOU