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BENIN/ CONSTRUCTION D’UNE DIGUE

Malgré les multiples montagnes de granite sur son territoire

Voici comment le Bénin innove en important des pierres de la Norgève

 

Il y a une semaine, 33.000 tonnes de roches granitiques importées de la Norvège ont été réceptionnées au port autonome de Cotonou avec grand contentement par le ministre du Cadre de vie, José Tonato. Conformément au choix du Bénin d’importer 400.000 tonnes de roches granitiques de la Norvège contre 800.000 que produira le Bénin. C’est dans le cadre de la construction de la digue d’Avlékété. Et c’est justement cette décision qui fait interroger nombre de Béninois quels que soient les explications données quand on sait que le Bénin dispose de ces roches en très grande quantité tant dans le Zou, les Collines que le Septentrion.

33.000 tonnes de roches de granite en provenance de la Norvège sur 400.000 tonnes prévues pour en être importées dans le cadre de la construction de la digue d’Avlékété. C’est la nouvelle qui réjouit depuis le jeudi 09 août 2018 le ministre José Tonato ministre du Cadre de vie. A en croire les informations ministérielles, il reste onze (11) arrivages de 33.000 tonnes à réceptionner.

C’est vrai, les choix gouvernementaux ne sont pas discutables. Mais ils peuvent être au moins objet d’appréciations diverses de la part des citoyens. L’on ne saura accepter encore moins comprendre, quand on sait que le Bénin est un pays extrêmement pourvu en roches granitiques à foison dans les départements du Zou, des Collines et dans le Septentrion.

Jusqu’à l’avènement du régime de la rupture, ce sont les roches de granites du Bénin qui sont exploitées pour la construction de l’Epi de Siafato dans le cadre de l’endiguement des roches pour la lutte contre l’érosion côtière. Si on s’en tient aux explications du ministre, l’importation des roches granitiques norvégiennes serait guidée par le souci de raccourcir le délai de construction de la digue de six ans à deux ans et demi. Un choix justifié par le fait qu’avec la capacité de production 1.000 tonnes de roches granitiques sur les trois carrières béninoises, les travaux vont être achevés en six ans. Et comme il faut passer à la vitesse supérieure, la solution trouvée est d’accélérer la capacité de production par l’importation de ces roches en provenance de la Norvège.  

 

Des interrogations       

La question demeure toujours posée : pourquoi faut-il importer des roches de granite de la Norvège alors que le Bénin, aujourd’hui pays importateur en dispose pour une très longue durée exploitation ! Si vraiment l’argumentaire présenté par le ministre est réel, pourquoi le gouvernement ne pouvait-il pas faire l’option d’une augmentation conséquente de la capacité de production desdites roches du Bénin ? Cela aurait eu l’avantage de créer des emplois directs et indirects aidant ainsi à résorber un tant soit peu le chômage ambiant en République du Bénin. Or en important ces roches, c’est le Bénin qui crée pour une certaine durée des emplois en Norvège. Quel est le coût de l’importation de ces roches norvégiennes ? D’amont en aval, c’est le Bénin qui est perdant dans ce schéma d’importation. Y aurait-il quelque chose de si urgent pour empêcher que les travaux de construction ne s’étalent sur les six ans dont parlait le ministre ? Six années au cours desquelles nombre de citoyens pourront trouver du travail à durée déterminée ou indéterminée ? Aussi convaincant qu’il aurait voulu être, les explications ministérielles convaincront certainement mais pas tout le monde. Car la question demeure toujours posée : pourquoi importer des roches de granite qui existent à profusion au Bénin de la Norvège ? Et pourquoi de ce pays et pas un pays africain ? Et pourtant le socle géologique de l’Afrique regorge de carrières de granite.  N’y aurait-il que le Bénin qui soit le seul pays en Afrique à posséder des roches granitiques au point que ce soit un pays européen qui lui arrive en appoint ? Est-ce la volonté de faire coïncider la fin des travaux avec la fin du mandat présidentiel actuellement en cours qui est la raison principale à ce choix ?

 

Et pourtant  

Lorsqu’il s’est agi d’augmenter la capacité d’égrenage du coton produit au Bénin, le gouvernement n’a pas hésité, en conseil des ministres à autoriser cette augmentation. Si l’augmentation de la capacité d’égrenage du coton est autorisée, pourquoi pas celle de la production des roches granitiques du Bénin ? 

A suivre les explications du ministre, la capacité de production actuelle des trois carrières de granite exploitées est de 1.000 tonnes par jour soit 365.000 tonnes si la production est faite 7 jours sur 7 et donc de façon ininterrompue. Si elle s’effectue jusqu’au samedi inclus soit sur six jours, la production annuelle passerait à 313.000 par an. Mais si la production se fait sur les cinq jours ouvrables de la semaine, cela signifie que la production annuelle va stagner à 261.000 tonnes l’an. Ce qui suppose que pour produire les 1.200.000 de tonnes à raison des 261.000 tonnes l’an, il faudrait à peu près quatre ans et deux  mois. Sur la base des 313.000 tonnes, il faudrait à peu près trois ans et trois mois et en cas de production est ininterrompue, 365.000 tonnes. Ainsi, quel que soit le schéma de durée pris en considération si on s’en tient aux explications fournies par le ministre, la durée de production pour fournir les 1.200.000 tonnes ne sera pas de six ans mais de quatre ans et deux mois pour la grande durée.

 

Question de bon sens 

Si la capacité actuelle était doublée, le Bénin en serait à une capacité de production soit de 730.000 tonnes l’an, soit 626.000 tonnes ou 522.000 tonnes. En augmentant la capacité de production de ces carrières, c’est le Bénin qui gagne sur beaucoup de plans. Mais avec ce choix, on ne saurait dire que le Bénin s’en sort avec quelque gain que ce soit.

Ce choix d’importation soulève une question de patriotisme, de nationalisme. Un choix difficile à accepter pour n’être toujours pas compris. Si la production nationale en continu est doublée, il faudra alors moins de deux ans pour produire les 1.200.000 tonnes nécessaires à la construction de la digue d’Avlékété. De même, cela va sûrement favoriser l’accélération des travaux d’endiguement le long de la côte et à d’autres travaux entrant dans le cadre des infrastructures routières. C’est le lieu de dire, qu’il y a des choix qui surprennent. Le coton est un enjeu national tout comme l’est aussi la production de ces roches, un intrant important pour de nombreux travaux de construction de routes, de bâtiments et autres.

L’importation des roches granitiques de la Norvège loin d’être une honte et un déshonneur pour le Bénin, est une innovation qui doit inspirer les pays africains.

KMS & Janvier K. SOSSOU