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La République du Bénin: Un Etat voyou ?

Les hommes politiques, en fonction de leurs humeurs du moment,  qualifient et apprécient les actions des gouvernants à tort ou à raison. Ainsi en avait-il été du candidat Patrice Talon qui, en 2016, entre les deux tours à l’occasion du face à face entre lui et son challenger Lionel Zinsou, donnait de l’Etat voyou, une définition qui aujourd’hui le rattrape maintenant qu’il est le président de cet Etat qu’il qualifiait d’Etat voyou en mars 2016.

Le candidat Patrice Talon : « … Je vais vous poser une question : à quoi sert une loi si l’Etat ne respecte rien du tout ? Ni les lois, ni les décisions de justice. Un Etat voyou, c’est un Etat qui ne respecte pas les lois, ni les décisions de justice. L’Etat lui-même qui viole les lois, c’est l’Etat lui-même proclame ouvertement que, une décision de justice ne l’engage pas. L’Etat peut s’opposer à une décision de justice. Heureusement que notre justice fait beaucoup d’efforts et résiste. Au Bénin, c’est encore le secteur qui résiste le plus et cela est de leur mérite. »

 

Genèse de l’Etat voyou

L’élection présidentielle de mars 2016 au Bénin se vit toujours au présent. A en croire certaines affirmations ou opinions émises par les candidats. Pour une première fois, un débat ou face à face radio et télé diffusé entre les candidats Lionel Zinsou et Patrice Talon arrivés respectivement en première et deuxième position a eu lieu sur les ondes de l’Office de radio et télévision du Bénin (ORTB). Belle occasion pour les deux candidats de répondre aux questions des journalistes mais aussi de donner leurs appréciations sur des préoccupations personnelles. C’est dans ce cas de figure que le candidat Patrice Talon a donné de l’Etat voyou, la définition sus indiquée.

Une définition qui, à n’en point douter, est en relation avec la double affaire d’empoisonnement et de coup d’Etat dont avait été accusé l’homme d’affaires Patrice Talon contre Thomas Boni Yayi alors Chef de l’Etat du Bénin. Dépossédé du Programme de vérification et des importations (PVI) et de son patrimoine industriel dans le coton, Patrice Talon avait recouru à l’arbitrage judiciaire du Bénin et de l’OHADA pour que le droit soit dit. L’OHADA avait, à l’époque, condamné le Bénin à payer plus d’une centaine de milliards FCFA au sieur Patrice Talon. Une décision de justice non contestée par le régime Thomas Boni Yayi qui cependant, ne s’était pas fait une obligation à l’exécuter. Et pour cause, Thomas Boni Yayi arguait que ces milliards de FCFA à lui payer pouvaient être utilisés au service de la Nation et surtout de la jeunesse.

Avec la fin de ses démêlés politico-judiciaires et suite au pardon présidentiel intervenu, Patrice Talon est rentré au Bénin. Et à une question à lui posée au cours d’une sortie médiatique sur la colossale somme que devrait lui payer l’Etat béninois, Patrice Talon faisait comprendre qu’il n’allait quand même pas faire cette offense à son pays. Une manière de dire qu’il effaçait cette dette judiciaire du Bénin envers sa personne. A l’époque, cette élégance patriotique fut saluée. Mais c’était mal connaître l’homme.

En effet, une fois au pouvoir, les premières mesures prises en conseils de ministres furent la mise en application déguisée de cette décision de justice. Ce qui semble fort bien à un déni, une remise en cause de la parole donnée.

 

Le Bénin d’avant ou après avril 2016, l’Etat voyou ?

Avec l’avènement du régime de la rupture, les réalités judiciaires sont passées en mode rupture. La maison justice paraît plus malade qu’elle ne l’était. Les justiciables, tout comme une bonne majorité des professionnels du droit et prétoire s’en plaignent. Les arguments ayant servi à la condamnation de Laurent Mètongnon et co-accusés sont toujours dénoncés par leurs avocats. Que dire alors du procès de l’opérateur économique et homme politique Sébastien Germain Ajavon et consorts qui, clos en principe depuis le prononcé du verdict du 04 novembre 2016, connaîtra un rebondissement avec sa réouverture devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Une cour qui le condamnera par contumace à 20 ans d’emprisonnement ferme, cinq millions d’amende et avec à la clé, un mandat d’arrêt international. Alors qu’en rapport avec le dossier « affaire de 18 kg de cocaïne pure » pour lequel il est condamné, l’intéressé a, courant 2017 porté plainte contre X pour que la lumière soit faite autour de celui ou de ceux qui aurai(en)t introduit le produit prohibé dans le conteneur dans lequel il aurait été découvert et sur le jeu flou au niveau des plombs. Jusqu’à la réouverture du dossier devant la CRIET, cette démarche judiciaire du sieur Sébastien Germain Ajavon  n’a pas abouti vu tous les goulots d’étranglements mis en œuvre.

Toujours par rapport au même dossier, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples saisie, a rendu son verdict le 07 décembre 2018. Un verdict qui demande à l’Etat béninois de surseoir à toutes les mesures prises contre Sébastien Germain Ajavon. Si le décompte est bien fait, les autorités béninoises avaient jusqu’au 22 décembre pour obtempérer ou non à cette décision de justice issue d’une Cour à laquelle le Bénin a adhéré. Comme on peut le constater, au-delà des procès politiques, tout porte à croire que le Bénin n’aurait pas non plus respecté cette décision de justice. Un fait qui, si les choses en restaient là, serait illustratif de la définition de l’Etat voyou.

KMS