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BENIN: Recrutement d’enseignants vacataires: Quand l’Etat formalise la médiocrité du système éducatif

 Les enseignants honoraires appelés communément vacataires  seront désormais recrutés sur la base des critères bien définis et un processus bien complexe. Le gouvernement en as décidé ainsi à compter de la rentrée scolaire 2017-2018. Une décision qui relance le débat sur la qualité des enseignements dispensés dans les établissements publics d’enseignement secondaire.

Le système éducatif béninois peine toujours à sortir de son auberge. Un système décrié par les acteurs eux-mêmes, un programme presque en inadéquation avec les besoins de l’emploi dans le pays, des conditions d’études des apprenants exécrables, manque criard de matériels didactiques et autres, tout ceci dans une politique de l’exécutif qui peine  à déceler les maux et à les endiguer. Dans les établissements publics d’enseignement secondaire, le manque d’enseignants en général se remarque si aisément et les enseignants qualifiés recrutés par l’Etat avec le statut d’APE sont d’une rareté légendaire. Face donc à ce ratio trop élevé entre apprenant et enseignants, le gouvernement avait pris l’arrêté N°5278/MEPS/METFP/MFE/¬DC/SG du 04 novembre 2003 portant modalités de recrutement et d’emploi des enseignants vacataires des enseignements secondaire général, technique et professionnel afin de combler le vide.

« Une particularité béninoise puisqu’aucun Etat ne pourrait s’amuser ainsi avec l’éducation de la génération montante », a déploré Isidore, un inspecteur de l’enseignement secondaire à la retraite. Ces vacataires sont, pour la plupart, des étudiants fraîchement sortis des universités sans qualification professionnelle dans l’enseignement mais qui optent pour ce métier afin de « joindre les deux bouts ». Ils s’y lancent en attente souvent d’une condition de vie et de travail plus stable. Mais malheureusement, aucun regard ne leur est porté à part que le gouvernement les paie sans pour autant évaluer leur travail et leur compétence dans les salles de classe.

 

Anatole est enseignant de Mathématique dans un établissement public d’enseignement secondaire dans la ville de Cotonou. Il exerce ce métier, selon ses dires depuis une décennie environ. Il dit avoir tenté des concours de recrutement lancés dans ce secteur éducatif mais a toujours échoué à ces différentes compétitions. Même s’il affirme avoir l’expérience qu’il faut après dix (10) ans d’exercice du métier, il déplore tout de même le manque de formation professionnelle qui pourrait lui permettre d’être plus performant. En général, cette catégorie d’enseignants dans le système éducatif béninois n’a pas les qualifications requises pour enseigner. Mais hélas !

Suivant les déclarations du directeur du cabinet du ministère des enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle, Charles Maximin Codjia, lors de sa sortie médiatique, « les enseignants vacataires dans les établissements publics sont évalués à près de cinquante mille (50 000)». Un chiffre qui fait frémir et qui dénote d’ailleurs du niveau élevé de chômage dans le pays. Dans ses propos, il a, pour justifier la décision du gouvernement à procéder directement au recrutement, dévoilé ce que ces enseignants coûtent financièrement à l’Etat chaque année. «Il y a quelques années, les vacataires coutaient 3 milliards à l’Etat mais au titre de l’année dernière, le paiement a été estimé à seize (16) milliards de francs CFA», a-t-il dévoilé lors de sa sortie médiatique.

 

Recruter pour sauver le système éducatif

 

Face au nombre de ces vacataires qui ne cesse de grimper chaque année, certains acteurs du système éducatif  ont préconisé au gouvernement un recrutement massif afin de combler le vide et d’économiser en terme de dépense annuelle. « En recrutant plus d’agents contractuels de l’Etat (ACE), le gouvernement s’assurera de la qualité de l’enseignement et de la constance de ces enseignants », a souhaité Isidore, un inspecteur à la retraite.

Le mode de recrutement était biaisé et était également de notoriété de tous. Si ce n’est pas des cousins, membres de la famille, ce serait un ami, un proche ou une parenté à qui le chef d’établissement veut bien faire plaisir. La formation des cadres de demain repose ainsi sur le plaisir et le service rendu à son proche. Le cas était tellement frappant qu’en 2015, alors qu’il y avait plus de deux générations des normaliens sans emploi dans leur domaine de formation, ces directeurs d’établissement optent pour des étudiants.  « Nous ne comprenons donc pas les chefs d’établissements et les censeurs qui privilégient les étudiants en Licence ou en Maitrise au détriment des normaliens qui ont reçu trois années de cours théoriques et pratiques et qui sortent des Ecoles Normales avec un BAPES ou un CAPES qui sont, à n’en point douter, des diplômes professionnels ? », s’est interrogé Jules-Marie Gandagbé, professeur certifié de français et conseiller pédagogique. 

La prise en main par le gouvernement du recrutement des enseignants vacataires ne serait aucunement la panacée d’un système éducatif malade. Etant donné que la formation professionnelle est quasi-absente, les mêmes maux continueront à miner l’école béninoise. « Le gouvernement, pour justifier cette décision, soutient que cela pourra lutter contre la corruption souvent observée dans le processus de recrutement de ces enseignants. Mais malheureusement, le gouvernement n’a fait que déplacer cette corruption pour la placer à une nouvelle échelle », affirme Samson Emènou, vice-président de l’association des vacataires du Bénin tout en préconisant qu’il faille que « le gouvernement investisse une fois de bon dans l’enseignement en recrutant des Agents contractuels de l’Etat (ACE) ».

 

Quid de l’initiative des enseignants volontaires ?

Le régime de l’ancien président de la république Thomas Boni Yayi avait procédé, afin de combler le vide qui s’observait dans le secteur, au recrutement des enseignants volontaires formés accessoirement  afin de dispenser des cours sur une période donnée. Leur recrutement dans la fonction publique  devrait  intervenir à la fin de leurs deux ans de travaux de volontariat. Pour donc leur suivi, le gouvernement d’alors avait mis en place l’Office béninois des services de volontariat des jeunes (OBSVJ). L’idée était d’éliminer progressivement le nombre trop élevé des vacataires pour qu’au fil des temps, ces enseignants volontaires prennent la place de ceux-là. Une décision qui, selon les arguments brandis par ce régime défunt, entrait dans le cadre de la lutte contre le chômage qui frappe si fort la couche juvénile. Pourquoi ne pas pérenniser cette initiative et procéder au recrutement de ces derniers dans l’enseignement secondaire ? S’interrogent nombre d’acteurs du système éducatif. 

Il est donc inquiétant que l’Etat, censé garantir la bonne éducation à ses enfants selon les articles 12 et 13 de la constitution du 11 décembre 1990 du Bénin, se lance dans le recrutement des personnes aussi moins qualifiées et animées majoritairement du désir de gagner de l’argent afin de survivre.

Josaphat DAH-BOLINON